Pittosporum kohuhu et Pittosporum tenuifolium désignent le même taxon. Kohuhu est le nom vernaculaire maori de Pittosporum tenuifolium, pas une variété, pas un cultivar, pas une espèce sœur. La confusion, entretenue par certaines fiches de jardinerie qui les présentent côte à côte, repose sur un malentendu linguistique que nous allons démonter ici, avant de clarifier les distinctions qui méritent réellement l’attention d’un jardinier.
Pittosporum tenuifolium et kohuhu : une seule espèce, deux appellations
La nomenclature binomiale Pittosporum tenuifolium a été établie par le botaniste Joseph Banks. Le nom kōhūhū vient du te reo māori et désigne cette même espèce endémique de Nouvelle-Zélande. On rencontre aussi le synonyme « black matipo », utilisé par la Royal Horticultural Society pour certains cultivars comme ‘Breebay’.
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En jardinerie française, l’étiquette « Pittosporum kohuhu » n’indique pas un végétal différent de « Pittosporum tenuifolium ». Nous observons simplement que le nom commun s’est glissé en position de nom d’espèce sur beaucoup de fiches produit, ce qui génère un faux dilemme chez l’acheteur.
Les pépinières néo-zélandaises lèvent toute ambiguïté : elles listent systématiquement P. tenuifolium (kōhūhū) comme un seul et même arbuste au feuillage persistant, utilisé en haie ou en isolé.
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Pittosporum tenuifolium face à Pittosporum tobira : la vraie comparaison utile

Si le couple kohuhu/tenuifolium ne constitue pas un choix, la distinction qui compte dans un projet de plantation concerne plutôt P. tenuifolium versus P. tobira. Ce sont les deux pittosporums les plus vendus en France, et leur comportement au jardin diffère sensiblement.
Feuillage et port
P. tenuifolium développe un feuillage fin, ondulé, porté par des rameaux presque noirs qui créent un contraste graphique prononcé. Le port est naturellement conique et dense, adapté aux haies étroites.
P. tobira présente des feuilles plus larges, coriaces, d’un vert sombre et luisant. Son port est arrondi, plus étalé, et convient mieux à un rôle d’arbuste massif ou de sujet isolé.
Floraison et parfum
Les deux espèces produisent des fleurs parfumées au printemps, mais le registre olfactif diffère. La floraison de P. tenuifolium est discrète, avec de petites fleurs pourpre-brun au parfum de miel. Celle de P. tobira, blanche puis jaunissante, dégage un parfum plus puissant, souvent comparé à la fleur d’oranger.
Rusticité
P. tobira tolère mieux le froid sec que P. tenuifolium, qui reste sensible aux gelées prolongées. En climat océanique ou méditerranéen, les deux fonctionnent. Au-delà de la façade atlantique, nous recommandons de privilégier P. tobira ou de protéger P. tenuifolium par un mur exposé sud.
Cultivars de tenuifolium : là où se joue le vrai choix
Le marché des pittosporum tenuifolium repose sur une palette de cultivars aux caractéristiques de feuillage très contrastées. C’est à ce niveau, pas entre « kohuhu » et « tenuifolium », que se situe la décision pertinente pour un projet de jardin.
- ‘Silver Sheen’ : feuillage argenté, port dressé et rapide, très utilisé en haie brise-vent dans les jardins côtiers
- ‘Tom Thumb’ : feuillage pourpre foncé, port compact, adapté à la culture en pot sur terrasse ou balcon
- ‘Golf Ball’ : forme naturellement sphérique sans taille, feuillage vert dense, idéal en bordure basse ou en remplacement d’un buis
- ‘Variegatum’ : feuilles panachées vert et crème, port érigé, apporte de la luminosité dans un massif d’ombre partielle
Le choix du cultivar détermine le port final, la couleur du feuillage, la tolérance au vent et l’aptitude à la culture en bac. Deux cultivars de tenuifolium peuvent se comporter de manière radicalement différente au jardin.

Plantation et sol du pittosporum tenuifolium : exigences souvent sous-estimées
P. tenuifolium accepte la plupart des sols à condition qu’ils soient drainants. Un sol lourd et gorgé d’eau en hiver reste la première cause de mortalité sur cette espèce, loin devant le gel. En terrain argileux, un apport de gravier en fond de trou de plantation et un léger surhaussement de la motte réduisent significativement le risque.
L’exposition idéale combine soleil le matin et ombre légère l’après-midi, surtout pour les cultivars à feuillage panaché ou pourpre dont les pigments pâlissent en plein soleil estival. En situation côtière, le plein soleil convient car l’humidité ambiante compense.
Distance de plantation en haie
Pour une haie de tenuifolium opaque en deux à trois saisons, nous recommandons un espacement réduit entre les sujets. L’espèce supporte bien la densité et se taille facilement au sécateur (pas au taille-haie électrique, qui abîme les feuilles fines et provoque un brunissement disgracieux).
Maladies et ravageurs du pittosporum : le point de vigilance
Les pittosporums cultivés en France sont globalement peu sujets aux maladies. Les problèmes les plus fréquents restent liés à des erreurs culturales : excès d’eau, taille en période de gel, sol compacté.
- Les cochenilles farineuses colonisent parfois le revers des feuilles, surtout sur les sujets en pot manquant de ventilation
- Le dessèchement des rameaux après un hiver rigoureux touche principalement P. tenuifolium dans les zones où il est planté en limite de rusticité
- Les taches foliaires (champignons du type Alternaria) apparaissent sur les sujets affaiblis par un substrat trop humide
Un pittosporum bien drainé et correctement exposé pose rarement de problème sanitaire. La majorité des échecs que nous observons en pépinière proviennent d’une plantation en sol inadapté, pas d’un parasite.
Retenir que « kohuhu » et « tenuifolium » ne représentent pas une alternative permet de recentrer la réflexion sur les choix qui comptent : l’espèce (tenuifolium ou tobira selon le climat), le cultivar (selon le port et la couleur recherchés) et le sol (drainage avant tout). Ce sont ces trois paramètres qui déterminent la réussite d’un pittosporum au jardin, pas l’étiquette choisie par le fournisseur.

